TRANSPORTS MARITIMES

 

Plus de tourisme ˆ la journŽe

 

pour faire vivre la compagnie OcŽane

 

Entretien avec le directeur dĠOcŽane, Patrick Gerbeno  (extrait) publiŽ dans le TŽlŽgramme du 25 aožt 2011.

 

La compagnie OcŽane, une filiale de Veolia Transport, a ŽtŽ crŽŽe en janvier 2008 quand le groupe a obtenu du conseil gŽnŽral le marchŽ des liaisons maritimes entre Quiberon (Port-Maria) et les ”les Houat, Hoedic et Belle-Ile, ainsi que la liaison entre Lorient et l'”le de Groix. L'entreprise rŽalise 20 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie une centaine de salariŽs sŽdentaires (dans les gares maritimes) ainsi que 115 navigants. Avec les saisonniers, la compagnie, dirigŽe par Patrick Gerbeno, atteint un effectif de 350 salariŽs, en coeur de saison. Elle transporte 1,4 million de personnes par an.

 

Ç L'augmentation de votre clientle touristique est-elle indispensable pour Žquilibrer votre activitŽ?

M. Gerbeno :  Oui. Nous avons un double objectif: soutenir la vie Žconomique et quotidienne des insulaires - cela fait partie de notre dŽlŽgation de service public - et dŽvelopper notre clientle touristique. C'est indispensable ˆ l'Žquilibre de notre activitŽ. Notre obsession, c'est de faire conna”tre les territoires que nous desservons. Nous sommes le premier annonceur, en matire de communication concernant les ”les. È

 

 

QUE SE PASSE-T-IL ?

 

une compagnie en Ç DŽficit chronique È

 

Extrait du TŽlŽgramme du29/9/11 – session du Conseil GŽnŽral

 

Desserte des ”les. Une Žpine pour le DŽpartement

 

Ç Le trafic avec les ”les est dans le rouge. Le DŽpartement a concŽdŽ le service ˆ Veolia qui ˆ travers deux compagnies (OcŽane pour Belle-Ile-en-Mer, Groix, Houat, Ho‘dic et la Compagnie du golfe pour Arz), assure les liaisons passagers et fret.

Ces deux sociŽtŽs de navigation sont dŽficitaires, malgrŽ des recapitalisations de Veolia. È

 

Dans Ouest-France, on lit : ÉÉ

 

 

 

 

nos inquiŽtudes

 

 

1 - Un service public insuffisant lĠhiver

 

Les Žlus de Belle-Ile et les associations demandent systŽmatiquement un service public Ç convenable È pendant les deux mois dĠhiver, choisis par la Compagnie pour la rŽvision des bateaux.

 

Non seulement cette pŽriode sĠallonge de plus en plus (le Vindilis ˆ besoin de gros travaux de mise aux normes) mais la Compagnie se retranche derrire le contrat signŽ avec le Conseil GŽnŽral pour ne fournir ˆ cette pŽriode hivernale que 5 bateaux par jour : pour disposer dĠune matinŽe ˆ Vannes il faut prendre le bateau  de 6 h 30. Le suivant est ˆ 9 h 30 : au mieux il ne permet pas dĠarriver avant 11h30.

 

Depuis des annŽes nous rŽclamons tous le maintien dĠun bateau ˆ 8 h. Oui mais voilˆÉ Nous nous heurtons ˆ une fin de non recevoir. Le dŽlŽgataire se retranche derrire le contrat et ses difficultŽs financires.

 

La solution proposŽe – qui a dŽjˆ ŽtŽ mise en Ïuvre un hiver prŽcŽdent – Žtait de remplacer le bateau absent par le Ç sister-ship È du Bangor : Ç lĠìle de Groix È, Žtant entendu que Groix peut tre desservi par lĠAcadie en hiver. (Ce dernier nĠa pas le droit de naviguer lĠhiver sur Belle-Ile mais il peut en revanche desservir Groix). Autre solution : faire rŽviser les bateaux ˆ une Žpoque o lĠAcadie peut naviguer sur Belle-Ile.

 

Mais lorsquĠon fait ces propositions au cours des rŽunions bisannuelles avec la Compagnie et le reprŽsentant du Conseil GŽnŽral, on a lĠimpression de dire des ŽnormitŽs ....

Le reprŽsentant du Conseil GŽnŽral, au cours de la dernire rŽunion a clairement dŽclarŽ que nous Žtions bien exigeants et quĠil fallait sĠaccommoder de cette situation qui aprs tout nĠest pas si dŽsagrŽable.  M. Desard, maire de Bangor, avait pourtant soulignŽ les difficultŽs pour les plus ‰gŽs ˆ venir prendre le bateau de 6 h15 ou 30 en plein hiver. Et M. Le Gars, maire de Palais et prŽsident de la CCBI, avait rappelŽ la volontŽ forte des Žlus dĠavoir un bateau vers 8 h.

 

LĠargument financier (voir plus haut) nous est opposŽ systŽmatiquement. Or il sĠagit dĠun service public – qui nĠest gŽnŽralement pas rentable mais qui doit tre assurŽ par la collectivitŽ territoriale.

 

Nous avons Žgalement soulignŽ lors de notre assemblŽe gŽnŽrale  lĠaugmentation depuis 2009 de 23 ,2 %  des tarifs de marchandises pour les gros clients (supermarchŽs) dĠo une rŽpercussion sur le cožt de la vie ˆ Belle-ële.

 

 

2 - Une organisation des flux touristiques ˆ la journŽe sur Belle-Ile laissŽe ˆ lĠinitiative de VŽolia – avec les partenaires commerciaux continentaux et locaux

De ces partenaires on ne peut dire que la gestion de lĠenvironnement et des infrastructures de Belle-Ile soit pour eux une prioritŽ. CĠest ainsi que non seulement lĠenvironnement fragile de Belle-Ile est menacŽ par les afflux quotidiens de visiteurs, mais les infrastructures doivent supporter de plus en plus de pics quotidiens de population :

 

 consommation dĠeau accrue et son corollaire : assainissement trop sollicitŽ ;

 

routes saturŽes – cohabitation de cars de touristes qui occupent toute la largeur de certaines routes,  de vŽlos zigzagants avec ou sans remorques, de voiturettes de location pŽtaradant au ras du bitume, de groupes de marcheurs, avec leurs paires de b‰tons pointus, rappelant la Grande ArmŽe – sans parler de promeneurs en rollers ; 

 

les chemins c™tiers sĠŽlargissent et deviennent par endroit des vraies routes (des voitures y passent par exemple au-dessus de Port Guen), et frŽquentŽs - malgrŽ les interdictions - par des vŽlos,

 

quantitŽ de dŽchets sont abandonnŽs partout (abords des sentiers c™tiers jalonnŽs de fleurs de papier roses ou blanches).

 

LĠOffice de tourisme (OTSI) tel quĠil est organisŽ actuellement en association de prestataires touristiques locaux et extŽrieurs Ç ˆ vocation entrepreneuriale È - dixit le prŽsident actuel - joue un r™le non nŽgligeable dans cette orientation vers un tourisme intensif – avec rabais, promotions etc.  Rappelons que lĠOTSI bŽnŽficie de la part de la CCBI dĠune dŽlŽgation de service public (avec une subvention* importante) qui supposerait un contr™le effectif  des Žlus en matire de promotion et dŽveloppement touristique. Nous avions souhaitŽ – ainsi que des Žlus et non des moindresÉ - un office du tourisme gŽrŽ par la collectivitŽ locale. Nous pensions que cela se rŽaliserait, comme annoncŽÉ

* 203 430 Û . A cette subvention s Ôajoutent 15 000 Û (votŽs en plus du budget subventions) sur des Ç projets È liŽs au tourisme et gŽrŽs par la mme association (site internet : 6 000 Û, Ç action sŽjournants – crŽation et pose dĠune carte murale È : 500 Û, Ç action seniors, hors saison, randonneurs, grand ouest È – Ç participation ˆ des salons et logistique, doc matŽriel expo È : 2 500 Û, Ç action sŽminaires – Ždition et expŽdition de la plaquette sŽminaires È : 3 000 Û, action presse – crŽation dĠun dossier de presse : 3 000 Û).

 

 

Laisser faire les transporteurs et lĠOTSI, cĠest livrer lĠ”le ˆ un certain commerce saisonnier qui est loin de profiter ˆ tous – dĠailleurs beaucoup de commerants ne sont pas permanents : ils viennent dĠailleurs quelques semaines vendre ˆ Belle-Ile des produits fabriquŽs ailleurs, tout cela au dŽtriment des activitŽs commerciales ˆ lĠannŽe nŽcessaires pour les rŽsidents permanents et intermittents.

 

 

 

une analyse de la situation :

 

Un contrat de dŽlŽgation nŽgociŽ ˆ la baisse par VŽoliaÉ

Un Ç dŽtricotage Èprogressif des servicesÉ

 

Extrait dĠun courrier adressŽ le 9/9/11 par le Commandant Claude Huchet, secrŽtaire gŽnŽral adjoint du syndicat maritime Bretagne CFDT, ˆ M. Goulard, PrŽsident du Conseil gŽnŽral et ˆ ses conseillers :

 

É.

 

Les annonces faites par la Direction lors de la dernire rŽunion du ComitŽ dĠEntreprise concernant le transport Ç gaz/essence È sur Houat et Ho‘dic confiŽ ˆ un opŽrateur extŽrieur, ainsi que lĠarrt dĠun navire pour la desserte de Groix, inquitent les personnels navigants et sŽdentaires. Ces changements dans lĠexploitation ne seront pas sans consŽquences sur lĠemploi et sur la qualitŽ du service public auquel notre Syndicat est trs attachŽ.

 

Le ComitŽ dĠEntreprise avait ŽtŽ consultŽ en juin sur la sous-traitance du transport Ç gaz essence È pour la seule pŽriode dĠŽtŽ. AujourdĠhui, la direction nous annonce, sans consultation, que ce service Žchappe de faon dŽfinitive ˆ notre compagnie. É.

 

Nous assistons en ce moment ˆ un Ç dŽtricotage È des services, ainsi, les remplacements du Saint-Tudy lors de ses pannes lĠŽtŽ dernier ont ŽtŽ confiŽs ˆ la Compagnie du Golfe qui opŽrait avec un navire de la Compagnie OcŽane armŽ par du personnel extŽrieur alors que les marins du Saint-Tudy, pourtant disponibles, restaient Ç au sec È. Aucune explication valable ne nous a ŽtŽ fournie sur cette situation prŽjudiciable et lourde de menace pour lĠavenir.

 

Les salariŽs ne veulent pas quĠon spolie la Cie OcŽane au profit de la Cie du Golfe. La liaison estivale Le Palais-Houat Žtait effectuŽe prŽcŽdemment par la SMN, pas par une autre filiale du groupe. De la mme faon, alors quĠelle avait ŽtŽ contrainte dĠabandonner la liaison, Lorient-Sauzon,  la Cie OcŽane a Ç prtŽ È cet ŽtŽ ˆ  la Cie du Golfe un navire pour effectuer une nouvelle liaison, la TrinitŽ-Sauzon, se faisant ainsi concurrence ˆ elle-mme.

 

Il est ˆ noter, sans vouloir Ç refaire lĠhistoire È, que lĠAcadie, seul roulier de rŽserve, se trouve indisponible lĠŽtŽ puisque affectŽ au transport des marchandises sur Belle-”le. Cette situation qui prive Groix de solution de rechange est nŽe dĠune grossire erreur dĠapprŽciation... En effet, il avait ŽtŽ dŽcidŽ dĠassurer le service marchandise dĠŽtŽ vers Belle-”le avec le Melvan qui peine dŽjˆ ˆ approvisionner Houat et Ho‘dic !. La CFDT avait alors vivement rŽagi ˆ ce projet qui nous menait ˆ la catastrophe alors mme que le Vindilis et le Bangor assuraient cette t‰che sans problme depuis des annŽes.

 

            Il en rŽsulte, en outre, que notre Direction peine ˆ dŽmontrer aujourdĠhui lĠintŽrt Žconomique de cette nouvelle organisation mise en Ïuvre dans la prŽcipitation.

 

Ces alŽas dĠexploitation ne sont malheureusement pas, et loin sĠen faut les seuls sujets dĠinquiŽtude pour le personnel.

 

Devant les dŽficits abyssaux annoncŽs en 2008 (supŽrieur aux bŽnŽfices quĠenvisageait lĠancien dŽlŽgataire), la CFDT, majoritaire dans lĠentreprise, a fait expertiser les comptes par un cabinet indŽpendant. Les rŽsultats de cette expertise, et des suivantes, sont sans appel : il est trs peu probable que la Compagnie OcŽane atteigne un jour lĠŽquilibre financier de faon durable ; un projet mal ficelŽ, une concurrence accrue et des objectifs par trop optimistes en sont la cause.

 

La question qui se pose aujourdĠhui pour le personnel est celle de la responsabilitŽ de ce fiasco É

 

Comment peut-on passer dĠune activitŽ florissante et gŽnŽratrice de profits ˆ  une situation o VŽolia doit recapitaliser rŽgulirement sa filiale OcŽane ?

 

Que se passera-t-il le jour o le groupe VŽolia-Transdev dŽcidera de siffler la fin de la partie comme il vient de le faire dans 50% des pays o il opŽrait ?

 

La CFDT a bien compris que VŽolia avait nŽgociŽ ˆ la baisse ce contrat de dŽlŽgation de service public, mais il ne nous a pas ŽchappŽ que deux signatures sont apposŽes au bas du document. La viabilitŽ dĠun tel contrat a tĠelle ŽtŽ vŽrifiŽe par le Conseil GŽnŽral du Morbihan ?  A-t-on sciemment oubliŽ les usagers et les salariŽs ? É

 

RŽponse du directeur des services – et non des Žlus auxquels la lettre sĠadressait :

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